Avant la marijuana, en Jamaïque, il y’avait le Ska

Bien avant le Reggae, quand la petite île des Antilles vivait toujours sous le colonialisme britannique, l’esprit nationaliste d’émancipation poussait les musiciens de l’île à chercher un nouveau son distinctivement jamaïcain. S’inspirant du rythm & blues & du Jazz apporté par les blancs, les Jamaïcains y ajoutèrent quelques touches de Mento & de Calypso (musiques populaires antillaises) pour définir la première véritable identité musicale du pays : Le Ska.

Devenu de ce fait la musique populaire de la Jamaïque, le ska allait jouer un rôle déterminant dans l’indépendance du pays. Lui ayant tout d’abord assigné une puissante identité culturelle, le ska allait permettre aux habitants de l’île de fuir la dure réalité du colonialisme. Un peu à la manière du Blues pour les travailleurs de champs Afro-Américains, sauf que cette fois-ci, au lieu de laisser échapper sa tristesse, le remède proposé par le ska consiste à apporter la joie & le sourire aux adeptes du mouvement. Le Ska était une musique de fête, une musique faite pour danser & mettre de l’ambiance dans les halls.
Un mélange de rythmes endiablés mêlant Rock N’ Roll & exotisme – imaginez Little Richard jouant du Reggae – & emmené par un ensemble de musiciens locaux dont on cite : Prince Buster, Clue J, Laurel Aitken , Desmond Dekker, Roland Alphonso, Don Drummond, considéré comme l’un des plus grands trombonistes de tout les temps & aussi des Skatalites, premier groupe ska à se faire connaitre hors des mers antillaises.

Ensuite, les choses se sont passées très très vite. La Jamaïque obtint son indépendance en 1962, mais pas le bonheur qu’elle attendait avec tant d’impatience, croyant naïvement qu’elle pourrait l’invoquer à travers les joyeuses chansons de ska. Les colons retournèrent chez eux avec leurs richesses & laissèrent une île derrière eux ruinée par la pauvreté & la famine. Le ska, n’étant plus adapté à ce genre de circonstances, fut remplacé par le Rocksteady, une nouvelle musique plus lente & dont les harmonies se rapprochent plus de la soul que du Jazz. Le saxophone et la trompette jugés trop fanfares furent remplacés par un son de guitare étouffé accompagné d’un jeu de basse plus dominant que la section cuivre qui représentait l’élément centrale du ska.
Le Rocksteady régna ainsi sur le paysage musical jamaïcain de 1966 à 1968, période durant laquelle les violences se multiplièrent au sein de l’île & où la consommation de la drogue commença à se répandre auprès de la majorité des jeunes habitants au point de faire de la feuille de Cannabis un symbole culturel. La musique continua à devenir de plus en plus lente, jusqu’à l’apparition du Reggae qui, emmené par le mouvement Rastafari, portera des dimensions plus politiques & plus religieuses et fera connaître définitivement la musique Jamaïcaine dans le monde entier et ce grâce à un certain Bob Marley – musicien de ska à ses débuts.

Mais bien avant cela, le Ska réussit tout de même à s’exporter hors des frontières de l’île et à traverser l’atlantique pour aller envahir les bacs de musique anglais durant une courte mais très importante période au cours des années 70. L’avènement du ska en Angleterre constitua un véritable tournant dans l’évolution de la musique & vit des groupes désormais légendaires comme Madness & The Specials créer un nouveau style reconnaissable par l’usage intensif du motif à damier. Le Ska fut également l’un des premiers mouvements culturels qui rassembla des fans de toutes les communautés présentes dans la société britannique & influença grandement le mouvement Punk qui commençait tout juste à naître.

Le Ska survit de nos jours essentiellement en Afrique du Nord, grâce à la musique Fusion apparu au Maroc & en Algérie & où des musiciens ont trouvé en cette musique très agitée la parfaite inspiration pour créer à leur tour leur propre identité musicale. En étant associant au Folklore de la région (Gnaoua), le ska ajouta une touche très festive au mouvement « Nayda » qui se proclama vouloir faire preuve de dynamisme & d’émancipation & qui s’accorde donc très bien avec l’essence même du Ska.

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Bady Attary
Bady Attary

Grand mélomane à l’oreille raffinée, Badr est un critique en herbe qui n’hésite jamais à analyser des œuvres en profondeur. Grand Fan de Red Hot Chilli Peppers mais aussi de Gorillaz, Pink Floyd ou encore South Park, il a l’esprit très ouvert et cherche toujours à découvrir de nouveaux sons ou de nouveaux concepts. Mais c’est aussi un multi-instrumentiste puisqu’il joue à 4 instruments : la guitare, la basse, le piano et l’harmonica. Il a également lancé la première radio universitaire au Maroc FST-T Radio, un projet qu’il dit prêt à reprendre très bientôt.

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