Oasis Festival, la 2ème édition : Review

La majorité du fun s’est déroulé le troisième jour, en faisant place aux artistes les plus variés, et on a fait beaucoup d’allers-retours inter-scènes. Motor City Drum Ensemble a signé l’une des meilleures performances du festival en pure tradition MCDE, aidé par un soleil toujours très présent. Sa sélection était parfaite pour un setting tel que celui de la Desert Oasis, alliant funk arabe, le jazz funky des renommés français Cortex, l’acid house de l’historique Jack Your Body de Steve Hurley ou encore les roots, comme la house de Larry Levan.

Le fun a continué juste après avec Omar Souleyman, sans aucun doute l’artiste le plus unique de l’Oasis, chanteur syrien de mariages traditionnels, acclamé par Four Tet ou Modeselektor, accompagné de son claviériste Rizan Sa’id. A eux deux, ils ont fait danser la scène non-stop aux rythmes de la dabke, un genre qui n’est pas si loin de notre musique de club, armé de kicks, de percussion orientale, de vocals répétitifs et de synthés psychédéliques. En même temps se produisit à l’arène la partie suave de l’écurie allemande d’Ostgut, a.k.a. la chanteuse Virginia accompagnée de Steffi et Dexter à la production, qui présentait en partie son nouvel album entre électro, techno, house et acid, en concluant par un chœur du public sur le célèbrissime Yours. Objekt, mi DJ mi producteur mi employé de Native Instruments, a prouvé qu’il est incontestablement l’un des DJs les plus talentueux et originaux de ces dernières années, en jouant la musique la plus étrange qui puisse être jouée dans le cadre du 4/4 (dont il est souvent sorti), sans faire aucune concession pour le dancefloor. C’était une vraie fierté que de voir le public marocain réagir aussi bien à une sélection aussi risquée, scandée de breaks, de vocals aliens, de low-end aquatique et de rythmes hybrides qui ne restent pas plus de trente secondes en place, mixée avec une précision hors du commun, se servant de l’EQing comme un boxeur ferait de ses poings, précis et mortels.

Il fut suivi par Steffi, résidente de l’illustre Panorama Bar du Berghain, qui a démontré que la musique de club peut être autant musclée que mélodique, avec un penchant minimal très apprécié à ce moment du festival. Elle fut rejointe par Dexter. Sur la grande scène se déroulait en même temps le live de Booka Shade, qui ont montré au Maroc que Body Language est un track éternel et qui ont même ressorti les anciennes perles, telles que Night Falls. Blawan, quant à lui, a regrettablement du annuler son apparition très attendue.

Il a été remplacé par Helena Hauff, qui a plus que compensé son absence avec l’une des performances-clé du dimanche, grâce à une sélection au goût de béton qui reflète les raisons de son succès : de la techno no-bullshit, souvent industrielle, aux kicks aux sourcils froncés qui se relâchent à peine quand elle les coupe avec de l’acid claustrophobe, de l’EBM (une première au Maroc) et de l’électro classique à la Dopplereffekt. C’est logique quand on sait qu’elle a été éduquée au Golden Pudel à Hamburg, une venue principalement punk et qu’elle a sorti sur les mêmes labels que les noiseux Prurient ou Merzbow. C’est ce genre de DJ, tout en noir avec un pendentif en croix qui glisse des vocals allemands rauques sur de l’acide nihiliste pendant qu’elle roule sa cigarette en trente secondes et qu’elle est à deux doigts de lancer un pogo… Et quoi de mieux pour chauffer le public pour le final impérial de Jeff Mills. De dire qu’il était attendu est un euphémisme et quel moment sacré que de le voir apparaître, imperturbable mais engageant, mettant en marche son légendaire 909 pour 2h30 de leçon en techno.

Si ces trois jours ont permis à beaucoup de découvrir de nouvelles sonorités, ils n’auraient pas pu mieux se conclure que par une excursion à travers les origines d’un des genres les plus essentiels de la musique électronique par l’un des (le ?) plus grands maître en la matière. Le Maroc peut être fier d’avoir été scolarisé en techno pour de bon. Le wizard a dénudé le genre jusqu’au squelette, en assommant avec une précision inégalable des rythmes à 140 BPM toute la soirée. Nous sommes heureux qu’il ait plus été question de « vrai son de Détroit » qu’une compétition de kicks, alliant les textures métalliques et les structures simplistes mais efficaces aux sonorités de la funk alien de la techno de Détroit. Il s’est quand même permis de sortir de ce cercle avec des tracks européens comme certaines armes de Ø Phase, mais pas avant d’établir une logique percussive qui avait déjà séduit tout le dancefloor. L’un des moments les plus mémorables de l’Oasis reste son propre, incontournable, The Bells, l’une des plus grandes hymnes du peuple de la techno, instantanément reconnaissable, pour un moment de grande union du dancefloor et des semaines à s’en remettre.

Enfin, le Maroc a son vrai festival aux standards internationaux. Enfin, le public marocain peut aller écouter de nouvelles choses et être bluffé par le talent unique de chaque DJ. Enfin, les marocains ont pu écouter de la musique de qualité sur un soundsystem de qualité. Certains sont frustrés de ne jamais avoir pu profiter de ces expériences avant l’Oasis et ont attendu longtemps. Certains découvrent à peine la musique électronique et sont encore pétrifiés par ce qu’ils ont vécu. Certains vont sûrement rentrer chez eux et télécharger la dernière version de Traktor. Ce qui est sûr c’est qu’il était temps que le Maroc se mette à niveau et qu’il est fin prêt à nourrir une vraie culture électronique. L’un des meilleurs souvenirs de tout le festival n’est pas la musique, ni l’endroit, ni les moments, mais bien les sourires des locaux (qui sont bien plus nombreux que l’année dernière) pour qui toute cette passion est encore fraîche. Nous avons besoin de plus d’initiatives comme l’Oasis Festival et après une édition qui a réussi à surpasser en tous points l’excellente inauguration l’année dernière, nous ne pouvons que rêver que cette zone fertile qu’est l’oasis gorge le Maroc de son eau et qu’elle inspire les autochtones à s’intéresser et à se surpasser… et les artistes à revenir et à se passer le mot. Après trois jours accompagnés des meilleurs DJs dans un méga-hôtel sous le soleil de Marrakech, il est évident que l’OASIS festival n’est que le berceau d’un plus grand destin pour un pays qui a été trop longtemps marginalisé en ce domaine. Tout est différent pour le Maroc maintenant.

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