Review: Festival Atlas Electronic 2018

En cette 3ème édition de 2018, le festival annuel Atlas Electronic a marqué tout un public marocain. En ce qui s’agit du lieu, il est tombé dès sa première édition sur l’environnement parfait : il se déroule à la Villa Janna, écolodge se situant à 20 minutes de Marrakech, au cœur de la Palmeraie. Excellent cadre pour un évènement du genre, joignant tradition marocaine, art et modernité.

Le festival a regroupé un grand nombre d’artistes locaux et internationaux, les répartissant sur les différentes scènes de l’écolodge. Une fois sur place, toujours au parking, on peut déjà distinguer les sons qui passent sur la scène de la Red Light Radio, située sur un rooftop.

Arrivés à la porte, on est déjà ébloui par l’architecture de Villa Janna, habillée légèrement mais spécialement pour l’Atlas Electronic. Devant la scène de la Red Light Radio, on trouve des stands pour boissons, en plus de grandes tentes berbères où se déroulent les talks.  Une fois celles-ci dépassées, le choix des scènes est multiple ! On retrouve d’abord une petite pièce, menue de coussins par terre, qui n’ouvre que le soir : qu’est l’Ambient Room, mais aussi la scène principale, l’Amphithéâtre, où les gradins sont vêtus de tapis traditionnels marocains, ou encore, droit devant, la scène au bord de la piscine, avec un DJ booth au fond… Ainsi que plusieurs autre endroits mis à disposition pour prendre un verre, une chicha, ou juste prendre une pause. Tout était donc en harmonie pour que les festivaliers passent les quatre jours dans les meilleures conditions.

Le line-up de cette édition fut très particulier : Lors de la soirée d’ouverture, on a assisté à des actes locaux dans la scène de la piscine en journée, puis la scène principale le soir, dont Asmâa Hamzaoui et Bnat Timbouktou, Génération Taragalte et Amazigh Blues qui ont offert un portail sur la musique traditionnelle marocaine, mais aussi des actes internationaux, avec C.Love qui est venue vêtue d’une djellaba et d’une sorte de masque en pièces d’or couvrant son visage. La première journée s’est clôturée par un live frappant du duo italien Ninos Du Brasil, à l’Amphithéâtre toujours, où ces derniers sont montés sur scène le visage teint en blanc et des guirlandes de noël faisant bizarrement le tour de leur visage. Ils mettent le feu en deux-deux sur la scène, en criant « On est Ninos Du Brasil, et on ne veut pas savoir d’où vous venez », avant de jouer leur célèbre son « Sombra De Lua ». Vers la fin, ils crient « Ceci n’est pas une scène, c’est un dancefloor ! », ce qui poussa le public à envahir joyeusement la scène dans une euphorie générale et une transe infinie.

Le vendredi fut très mémorable : Pool Stage, midi, et deux DJ marocains en B2B derrière les decks. C’est de deux des fondateurs du label marocain V.I.V dont on parle, 212 Thug et Sumo Hamed, qui ont bien ouvert le bal avec « You In The Right Spot » de Sensational & Kruton, ou encore, « The Feeling When You Walk Away » de Yves Tumor. Belle journée en perspective ! Il y avait une grande présence de labels et collectifs marocains lors du festival auprès de V.I.V, à en citer Casa Voyager avec Driss Bennis, ou encore, le collectif Plug-In Souls, qui étaient dans les meilleures conditions pour se lâcher. En effet, au-delà d’être un festival de musique électronique, au-delà de l’événement lui-même et du fait de faire la fête et de s’amuser, l’équipe qui se trouve derrière le festival œuvre pour l’évolution de la scène électronique marocaine, et sur son ouverture sur le marché international, sur des formes de musique électronique encore inconnues au public marocain, et ce en créant des événements hors-festival, comme au 18 Derb El Ferrane, où ils ont collaboré avec des collectifs comme Queens ou V.I.V..

La scène de la Red Light Radio a ouvert ses portes en milieu d’après-midi, avec son co-fondateur Orpheu The Wizard, qui a aussi fait le closing du Pool Stage le même jour. Cette journée eût plusieurs moments forts, à en citer la tunisienne Deena Abdelwahed, qui ne s’est pas privée de passer les sons les plus futuristes et expérimentaux en faisant le warm-up pour le trio Hessle. La gente féminine fut représentée aussi par la Canadienne RAMZi. Ou également Mad Miran, qui a tellement retourné le dancefloor lors de son closing du rooftop de la Red Light Radio que même Ben UFO quitta son crew avant de se retrouver dans la scène à taper du pied sur la Drum’n Bass que cette artiste mi-marocaine
mi-hollandaise jouait.

Le samedi, comme lors de chaque édition, il fallait que la pluie fasse acte de présence. Malgré ça, ce troisième jour de festival, fut unique. 20h, le label BFDM s’empare déjà de la scène de la piscine. On a eu droit à six heures et demi de pure folie. The Pilotwings commencent doucement, OKO DJ prend la relève et joue un set vinyl-only, avec des tracks denses et éclectiques aux sonorités les plus étranges, avant de laisser les decks au head du label Judaah, en B2B avec Simo Cell. Vu que BFDM contrôlaient la Pool pour toute la soirée, ces deux derniers ont décidé de se mettre à l’aise. Ils posent donc une chicha sur le booth, sortent leur caméscope, et s’emparent des decks pour jouer un set très versatile, en passant par de la Dancehall, de la musique Brésilienne avec le fameux « Cerol Na Mao » de Bonde Do Tigrao, à du UK garage avec « Rewind Selecta » de Butler Kiev, 2 step, Memphis Rap ou encore de la Grime avec « Big Man Ting » de Fox. Et là, pour le closing du pool, on peut dire que la pluie fut une bonne chose car elle poussa le trio anonyme J-Zbel à jouer un DJ set au lieu d’un live set, ébahissant tout le public de par leur sélection unique et osée. Une fois sur scène, ils changent de persona à l’aide de masques et foulards et affichent fièrement leurs tatouages lisant « J-ZBEL ». Ils commencent leur set avec un edit glitch hardcore de « Call Me Maybe « , à peine reconnaissable au début, qui leur a – plus ou moins – permis de filtrer la scène. Ils ont jonglé avec les genres les plus pointus de la Bass, tout en passant par des mélanges de Happy Hardcore, Brostep, Trance, Nu Metal, des instrus de trap sombres comme « QUATROQUATROQUATRODOS » de Kamixlo, de la Dancehall, Pop, Reggaeton… Une sorte de synthèse extrême du style idiosyncratique du label.
En parallèle, sur le rooftop de la Red Light RadioTash LC joua l’un des sets les plus dansants et variés, en passant par de la trap avec Lil Uzi Vert, du Omar Souleiman, du Gqom avec « Cruel Dance » de Cruel Boyz, à un remix de « Come to your senses » de Panda Bear par DJ Marfox, pour caler juste après de la musique traditionnelle Malienne avec « Boucangana » de DJ Sandji. Jamie XX a joué le closing du samedi sur l’Amphi, et jusque là, on comprend que le festival Atlas Electronic a réussi à satisfaire tous les goûts.

Le quatrième et dernier jour fut également mémorable, avec BFDM encore, où Judaah a ouvert la scène de la Red Light, avant d’être suivi par notre marocain REALM, qui laissa ensuite les decks à Simo Cell et les deux Pilotwings en B2B2B. Le dimanche a connu plusieurs prestations remarquables, et ce avec des sonorités 100% Dub et Reggae avec Radical Hi-Fi, de l’Electro et de la Ghetto Tech avec Driss Bennis de Casa Voyager, Awesome Tapes From Africa, dont l’alias parle très bien de lui-même, ou encore Lena Willikens avec un set d’EBM bien bourdonnant de techno industrielle et de tracks impossibles à trouver sur Shazam. Le festival joua sa dernière note avec un mix impressionnant du londonnien Call Super, qui n’a pas manqué à son habitude de jouer pour tous les goûts musicaux, avec de l’Acid, de la House ou encore du Dubstep et des Breaks.


Atlas Electronic
se targue d’être un festival d’Arts, Musique, et Culture, et il est facile de vérifier ce titre. En effet, entre deux sets, on pouvait toujours passer vers les tentes et trouver une conférence intéressante, menée par plusieurs acteurs de la scène nationale et internationale, ou aller s’initier à l’art Gnaoua à la Gnaoua Academy, ou encore simplement aller vers l’Ambient Room où se trouvait l’Art Fair pour y admirer les œuvres installées par plusieurs artistes tels que la slovaque Klara Debeljak.

Au bout de trois éditions, le festival s’est démarqué des autres évènements au Maroc de par une programmation à la pointe de l’éclectisme et des tendances musicales, une collaboration étroite avec les collectifs et artistes nationaux, mais aussi grâce à une ambiance chaleureuse, un lieu iconique et une réelle envie d’apporter du nouveau ici. On ne peut qu’attendre patiemment Juin 2019, date à laquelle la 4ème édition prendra place.

Laissez un commentaire

Commentaires

Le plus grand collectif marocain d'artistes indépendants
Suivez-nous sur
Newsletter